La question revient à presque chaque premier échange : "On hésite entre les deux, vous nous conseillez quoi ?" La réponse honnête, c'est que les deux offres répondent à des besoins fondamentalement différents, et le choix n'est pas une question de budget mais de nature du problème à résoudre.
Cet article propose un cadre simple pour décider, basé sur quatre questions concrètes. Si vous répondez "oui" à trois d'entre elles ou plus, votre projet relève probablement de CoreEngine. Sinon, LaunchKit suffira.
Rappel rapide des deux offres
LaunchKit (4 à 8 semaines, 8 000 — 15 000 € HT) est conçu pour lancer rapidement un premier outil métier simple et utile. Il inclut typiquement une application mobile ou PWA, un parcours principal, une authentification, un back-office léger, une intégration simple et la mise en production. C'est l'offre idéale pour valider un usage, équiper une petite équipe, ou remplacer un fichier Excel devenu critique.
CoreEngine (6 à 12 semaines, 15 000 — 35 000 € HT) structure un process métier complet avec une application connectée. Il couvre plusieurs rôles utilisateurs avec permissions, des workflows métier, un reporting opérationnel, jusqu'à trois intégrations cadrées avec vos outils existants, et un accompagnement de prise en main. C'est l'offre la plus souvent choisie par les PME et ETI.
Question 1 : combien de rôles utilisateurs distincts ?
C'est le critère le plus discriminant. Si tous vos utilisateurs font globalement la même chose dans l'application — saisir des données, consulter des informations, valider une étape — LaunchKit suffit largement. Le besoin de permissions et de personnalisation par profil est minime.
Dès que vous avez trois rôles métier réellement différents, avec des écrans et des autorisations distincts, vous entrez dans le terrain de CoreEngine. Exemples typiques :
- Un commercial qui voit ses propres opportunités, un manager qui voit toute l'équipe, un dirigeant qui voit les KPIs consolidés
- Un technicien terrain qui saisit ses interventions, un planificateur qui les organise, un facturier qui les transforme en factures
- Un formateur qui crée du contenu, un stagiaire qui le consomme, un administrateur qui pilote les sessions
Piège fréquent : compter les utilisateurs au lieu des rôles. Vous pouvez avoir 50 commerciaux et 5 managers : ce sont 2 rôles, pas 55. Le coût d'un projet dépend du nombre de rôles, pas du nombre d'utilisateurs.
Question 2 : y a-t-il des workflows avec validations ?
Un workflow, c'est un enchaînement d'étapes où le passage d'une étape à la suivante implique une décision, une validation, ou un changement de responsable. Un workflow simple ("brouillon → publié") n'est pas un vrai workflow : c'est juste un statut. LaunchKit le gère sans difficulté.
Un vrai workflow implique au moins l'un des éléments suivants :
- Plusieurs personnes interviennent successivement (un demande, un valide, un exécute)
- Des règles de routage automatiques (selon le montant, le type, le client)
- Des relances ou escalades temporelles ("si pas validé sous 48 h, alerter le N+1")
- Une trace d'audit obligatoire (qui a fait quoi, quand, pourquoi)
Si vous cochez au moins deux de ces éléments, c'est du CoreEngine. La complexité d'implémentation augmente vite parce que chaque cas particulier doit être pensé, codé et testé.
Question 3 : combien d'outils à connecter, et avec quelle profondeur ?
LaunchKit inclut une intégration simple. "Simple" ici signifie : pousser ou récupérer des données dans un seul sens, sans transformation majeure, sans synchronisation bidirectionnelle complexe. Par exemple, envoyer un email via SendGrid, créer un événement dans Google Calendar, ou récupérer une liste de produits depuis votre CRM en lecture seule.
CoreEngine inclut jusqu'à trois intégrations cadrées. La nuance est importante : ce n'est pas trois fois plus de travail, c'est un saut qualitatif. Les intégrations entre elles créent des dépendances, des cas d'erreur composés, des règles de réconciliation. Exemple typique :
Une application terrain qui (1) récupère les interventions planifiées depuis un ERP, (2) pousse les comptes-rendus signés vers une GED, et (3) déclenche la facturation dans un outil comptable. Trois intégrations bidirectionnelles, des règles métier qui s'enchevêtrent, des cas d'erreur à traiter à chaque jonction.
Au-delà de trois intégrations cadrées, ou si une seule intégration est très complexe (synchronisation bidirectionnelle temps réel avec un ERP comme SAP par exemple), c'est PlatformForge qu'il faut envisager.
Question 4 : quelle est l'horizon de vie attendu ?
C'est la question la moins posée, et pourtant la plus structurante sur le long terme. Un outil que vous comptez utiliser moins de deux ans, par exemple pour valider un marché ou répondre à un besoin temporaire, doit être un LaunchKit. Pas la peine de surinvestir.
Un outil qui doit devenir un actif central de votre activité pour les cinq prochaines années mérite un cadrage plus profond. Pas forcément CoreEngine d'emblée — mais au minimum, les choix d'architecture, de stack technique et de modèle de données doivent anticiper l'évolution.
Bonne nouvelle : on peut passer de LaunchKit à CoreEngine. Beaucoup de projets démarrent en LaunchKit pour valider l'usage, puis évoluent en CoreEngine quand le besoin se confirme. C'est même souvent la trajectoire la plus saine, parce qu'elle évite de payer dès le départ pour de la complexité hypothétique.
Une grille de synthèse
Pour résumer, voici les quatre critères mis bout à bout :
- 1 à 2 rôles utilisateurs distincts → LaunchKit. 3 rôles ou plus → CoreEngine.
- Pas de workflow ou workflow simple (statuts) → LaunchKit. Workflow avec validations ou escalades → CoreEngine.
- 1 intégration simple (un sens) → LaunchKit. 2 à 3 intégrations cadrées (souvent bidirectionnelles) → CoreEngine.
- Horizon court ou usage à valider → LaunchKit. Outil structurant sur 3-5 ans → CoreEngine.
Trois "CoreEngine" ou plus dans ces réponses : c'est l'offre adaptée. Sinon, démarrez en LaunchKit. Vous gagnez du temps et de l'argent, et vous pourrez toujours évoluer ensuite.
Trois exemples concrets
Cas 1 : un cabinet de conseil veut digitaliser ses comptes-rendus de mission
Les consultants saisissent des comptes-rendus structurés sur leur mobile, la direction les consulte et les exporte en PDF pour les clients. 2 rôles (consultant + direction), pas de workflow (le compte-rendu est validé ou pas), 1 intégration (export PDF + envoi email), horizon long.
→ LaunchKit est parfaitement adapté. Trois critères sur quatre vont dans son sens.
Cas 2 : un opérateur logistique veut outiller ses tournées
Les chauffeurs saisissent leurs livraisons, les planificateurs organisent les tournées, le service client traite les anomalies. 3 rôles, workflow avec validations (planification → exécution → traitement des incidents), 2 intégrations (ERP pour les commandes + outil RH pour les feuilles d'heures), horizon long.
→ CoreEngine sans hésiter. Quatre critères sur quatre.
Cas 3 : une startup teste un nouveau service en interne
Une équipe pilote de 5 personnes veut tester un nouveau process pendant 6 mois avant décision. 1 rôle, pas de workflow, 1 intégration simple, horizon court.
→ LaunchKit, et même peut-être seulement un sous-périmètre de LaunchKit. L'erreur ici serait de surinvestir avant validation.
En résumé
La question "LaunchKit ou CoreEngine ?" est en réalité quatre questions : combien de rôles, quels workflows, combien d'intégrations, et pour quel horizon. Vous pouvez répondre à ces quatre questions seul avant tout échange, et arriver à un premier échange avec une intuition déjà solide.
Et si l'intuition n'est pas tranchée — par exemple si vous comptez 2,5 rôles distincts, ou si un workflow paraît "presque simple" — c'est précisément le sujet du premier échange : trancher en 30 minutes, sans engagement.
